II - LA MARINE IMPERIALE RUSSE ET LA GUERRE CIVILE
Article mis en ligne le 20 août 2008
dernière modification le 29 août 2008

RENDEZ-VOUS SUR LE DON FEVRIER 1918

Sans bateaux ni commandement, les Officiers de Marine qui refusaient l’autorité Bolchevique issue du coup d’état, cherchèrent dans l’anonymat leur salut. Cette période trouble et incertaine vit néanmoins l’émergence d’un grand nombre d’associations, certaines animées par les Mencheviks, destinées à regrouper les bonnes volontés pour venir en aide aux familles des Officiers. Ces groupes d’Officiers redevenus civils rejoignirent, après des périples mémorables, les territoires du Don où les Généraux KORNILOV, DENIKINE, ALEXIEV évadés de la prison de BYKHOV avec l’aide de régiments fidèles, constituaient les premiers détachements de la future Armée Blanche.
Il faut imaginer ces Officiers déguisés en étudiants pour les plus jeunes, en marchands ou en paysans pour les autres, traverser la Russie du Nord au Sud dans des trains bondés de réfugiés et de déserteurs bolcheviques qui regagnaient leurs villages. Combien de jeunes élèves officiers furent alors reconnus souvent par leurs mains blanches ou leurs bonnes manières qui les trahissaient pour terminer tragiquement fusillés contre les murs des petites gares de la Russie profonde. Mon oncle, Sous Lieutenant dans un régiment de cavalerie et qui lui aussi se rendait à KHERSON en partant de KIEV ne dut son salut qu’à ses pistolets qui lui permirent d’échapper à une foule hostile.

Cette Armée Blanche était constituée majoritairement d’Officiers, les Généraux BOGAIEVSKY, ROMANOVSKY, KAZANOVITCH devinrent Commandants, les régiments furent composés d’Officiers ou de jeunes Lycéens comme celui du Général MARKOV. Les Officiers de Marine furent alors dispersés dans ces régiments d’infanterie où toutes les bonnes volontés étaient les bienvenues. Il suffisait alors de savoir tenir un fusil lorsqu’il y en avait un de disponible. L’armée était habillée d’effets militaires ou civils avec quelques casquettes noires de la Marine qui apparaissent sur les très rares photos existantes. Mais le courage et la détermination étaient, eux, partout présents.

L’âme de cette armée en guenilles était le Général Lavr Georgevitch KORNILOV dont la réputation acquise pendant la guerre Russo-japonaise n’était plus à faire. Il avait toutes les qualités pour galvaniser les troupes ; petit, sec et nerveux, c’était un stratège doublé d’un entraîneur d’hommes. Ses convictions socialistes qui l’avaient rapproché du Gouvernement provisoire dans un premier temps lui permirent de regrouper toutes les tendances politiques opposées au Bolchevisme. Il y avait en effet peu de monarchistes parmi les premiers chefs de l’Armée Blanche, mais des valeurs communes de patriotisme chevillé au corps, le respect de la parole donnée aux alliés et l’aspiration à une Russie démocratique et indivisible.
La suite des évènements de la guerre civile allait démontrer que ces principes devaient en partie provoquer la défaite des Armées Blanches.

Mais à l’heure où les premiers détachements de volontaires devaient abandonner ROSTOV et NOVOTCHERKAS, pressés par les forces Bolcheviques profitant de la neutralité des Cosaques du Don malgré le suicide de l’Ataman KALEDINE, la Marine Russe ne finissait pas d’agoniser dans tous les ports de l’Empire.

En ce début de l’année 1918, la flotte de la BALTIQUE n’existait plus en tant que force opérationnelle, les équipages, notamment ceux de la réserve, avaient rejoint les troupes Bolcheviques. Les Officiers survivants se cachaient où ils pouvaient attendant la suite des évènements. Seuls les Officiers de MOURMANSK où se trouvaient le Cuirassé TCHESMA et le Croiseur ASKOLD purent à partir du 23 juin, après le débarquement de troupes alliées commandées par le Général MAYNARD et le Vice Amiral KEMP, combattre les Bolcheviques, notamment sur le fleuve DVINA.

Le 31 juillet le Général POOL s’empara d’ARKHANGELSK après qu’un soulèvement organisé par des Officiers Russes chassa les rouges. Un gouvernement socialiste dirigé par Nicolas TCHAÏKOVSKY favorable aux alliés fut établi pour unifier les différentes factions anti-Bolcheviques. Le Général britannique IRONSIDE succéda à POOL pour unifier les commandements de MOURMANSK et d’ARKHANGELSK.

C’est le Général russe MILLER qui l’année d’après avec l’aide du Général Lord RAWLINSON, lança le long de la DVINA une attaque qui après quelques succès dut s’arrêter en 1919. Les positions des troupes blanches furent néanmoins maintenues jusqu’en février 1920.

En Mer Noire la situation se détériora très vite après la disparition de l’Amiral NEMITZ partit pour PETROGRAD avec son Chef d’Etat Major le capitaine de frégate MAKSIMOV. Ce fut alors le Vice Amiral Michel PAVLOVITCH SABLINE qui prit le commandement de la flotte (en 1918, elle représentait encore environ 40 000 hommes). Mais les soviets avaient nommé le capitaine de frégate BOGDANOV comme Chef d’Etat Major de la flotte révolutionnaire avec pour mission de faire juger les Officiers de Marine par un tribunal révolutionnaire. Dans la nuit du 23 au 24 février 1918 des massacres d’Officiers furent alors perpétrés dans toute la ville de SEBASTOPOL.

A partir du début Avril, les troupes indépendantistes Ukrainiennes sous l’autorité de l’hetman SKOROPADSKY envahirent la Crimée au grand soulagement d’une partie de la population qui voyait ainsi un semblant d’ordre revenir.

Le 29 Avril 1918, le Vice Amiral Michel Pavlovitch SABLINE décida à contre cœur de placer la flotte sous pavillon Ukrainien pour la sauver. Plusieurs Officiers supérieurs comme le Vice Amiral POKROVSKY ou le futur commandant en Chef de la Marine Ukrainienne l’Amiral OSTROGRADSKY avaient eux choisi par opposition au Bolchevisme ou par conviction, la nationalité Ukrainienne.

Mais ce ne fut pas le cas d’une grande partie des Officiers de la Marine qui préférèrent quitter avec leurs navires SEBASTOPOL pour rejoindre le port de NOVOROSSISK le 14 mai 1918, dans des conditions difficiles souvent sous le feu de l’artillerie Allemande qui était arrivée avec les Ukrainiens. Au cours de ce départ précipité le torpilleur GNEVNY devait s’échouer.

La situation à NOVOROSSISK était aussi particulièrement confuse puisque les bolcheviques tenaient la ville et qu’ils ne savaient pas s’ils devaient considérer l’arrivée de la flotte comme une chance ou une menace. Sur les navires la révolte grondait avec des équipages gagnés aux thèses révolutionnaires alors que d’autres souhaitaient ouvertement prendre parti en faveur des contre-révolutionnaires.
Les autorités Bolcheviques ne souhaitant pas mécontenter les Allemands décidèrent de neutraliser cette flotte qui représentait encore une véritable force de frappe. Sur place des incidents quotidiens, souvent dramatiques, dans lesquels les Bolcheviques s’affrontaient avec les mouvements de résistance contre-révolutionnaires, incitèrent le Vice Amiral Michel Pavlovitch SABLINE à reprendre le chemin de la CRIMEE. Devant cette décision, les Bolcheviques exigèrent le sabordage immédiat de la flotte.

Le 16 juin, les bâtiments sous le commandement du capitaine de vaisseau TIKHMENIEFF levèrent l’ancre dans la plus grande confusion. Certains équipages préférèrent quitter leurs navires, d’autres essayèrent d’en prendre le contrôle. Des réfugiés fuyant les bolcheviques envahirent les quais pour trouver de la place sur les navires décidés à rejoindre la Crimée. Néanmoins le cuirassé VOELIA ex EMPEREUR ALEXANDRE III avec les torpilleurs PYLKY, POSPECHNY, DERSKY, BEZPOKOÏNY, JARKY remorqué par le KIVOY mais aussi le croiseur TRAJAN et le ravitailleur KRESTA et d’autres petits bâtiments civils quittèrent NOVOROSSISK pour arriver à SEBASTOPOL le 19 juin. Ils laissaient derrière eux le cuirassé SVOBODNAYA ROSSIA et les torpilleurs GROMKY et KERTCH qui se sabordèrent.

Le 13 Novembre quelques jours après l’armistice du 11 Novembre 1918, une flotte franco-anglaise composée notamment de cinq cuirassés français, franchit les Dardanelles afin de défendre les intérêts des Alliés et chasser les troupes Allemandes occupant la Crimée. La paix de BREST-LITOVSK qui avait été signée le 24 février 1918 avait permis aux Allemands d’envahir en effet l’ensemble de l’Ukraine.
En décembre, l’escadre Française sous le commandement du Vice Amiral DEJAY avec les cuirassés MIRABEAU et JUSTICE se présenta devant ODESSA. Le 17, le Général BORIUS débarqua des troupes et installa, après avoir chassé les derniers contingents ukrainiens et allemands, le Général russe GRICHINE ALMAZOV comme Gouverneur de la Ville. Mais si l’occupation d’ODESSA se passa sans trop de difficultés il n’en alla pas de même dans différentes autres villes de la région d’où l’armée Allemande se retira en plein désordre. On estime qu’environ 1 200 soldats Allemands gagnés par les idées révolutionnaires rejoignirent à cette occasion les troupes Bolcheviques.

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