OFFICIERS DE L’ARMEE IMPERIALE AU SERVICE DES « ROUGES »

La question des officiers de l’Armée et de la Marine Impériale au service des Rouges a longtemps fait l’objet d’une omerta tant du côté des Rouges que du côté des Blancs, pourtant, de très nombreux officiers de l’Armée et de la Marine Impériale avaient servi chez les « Rouges ». Les bolchéviques minimisaient le rôle des « anciens officiers de l’armée du Tsar » dans l’Armée et la Flotte rouge des travailleurs et des paysans alors que pour les « Blancs », il était honteux d’avoir servi les bolchéviques. Par ailleurs, en URSS, beaucoup cachaient leurs origines puisque la lutte des classes était une réalité et l’on pouvait payer de sa vie ou par une déportation, pour ces dernières. Les réfugiés « blancs » se taisaient également puisqu’il ne fallait pas trahir ceux qui étaient restés en Russie Soviétique.

Au début de la Première Guerre Mondiale, l’armée russe comptait environ 80 000 officiers dont 40 000 officiers de réserve mobilisés. Il s’agissait d’une catégorie d’hommes bien particulière, le plus souvent militaires de père en fils, qui portaient des épaulettes depuis l’âge de 10 ans, avaient suivi de longues études militaires et qui adhéraient à une idéologie. Ils étaient issus de la noblesse pour plus de 50 %, une catégorie d’hommes qui avait connu au fil des siècles plus ou moins de privilèges dont un, constant, était celui de payer l’impôt du sang.

Au cours de la guerre 220 000 officiers ont été formés à la va-vite, le plus souvent en 4 mois, et il suffisait d’avoir achevé des études secondaires pour recevoir cette formation. Il y avait parmi eux des révolutionnaires.
Il faut, bien entendu, faire une distinction entre « officiers de la vieille école » et « officiers du temps de guerre ».

Les pertes furent importantes, 73 000 officiers furent tués plus particulièrement au début de la guerre : 45 100 en 1914 et 1915, 19 400 en 1916 et 8 500 en 1917 et de ce fait, les « officiers de la vieille école » subirent les pertes les plus importantes.
L’historien, S. V. Volkoff, démontre dans « La tragédie des officiers russes », que la plupart « des officiers de la vieille école » de l’infanterie, cette dernière représentant le contingent le plus important d’officiers, avait été quasiment décimée dès les premières années de la guerre.
La cavalerie et l’artillerie, qui représentaient une part bien moins importante du contingent, avait eu des pertes moindres, environ 50% des « officiers de la vieille école ».
La flotte qui comptait environ 6 400 officiers au début de la guerre a eu des pertes négligeables du fait de la guerre.
Si l’on peut considérer que peu d’officiers de cavalerie rejoignirent l’Armée rouge en raison d’un ancrage fort dans l’esprit des traditions, ce n’est pas le cas des officiers d’artillerie et le célèbre Broussilov servit les « Rouges » ainsi que d’autres. S. V. Volkoff explique cette anomalie du fait d’une forte concentration d’officiers d’artillerie dans les villes, qui n’échappaient que difficilement à la mobilisation par les « Rouges », et cite en exemple un article de Izvestia du VTsIK (ВЦИК) du 15/6/1918 qui mentionne l’enregistrement à Moscou de 30 000 officiers dont 2 500 de la vieille école et il s’est avéré que les 2/3 étaient des officiers d’artillerie et d’autres forces spéciales.

Il faut bien entendu également tenir compte des motivations pour lesquelles les officiers servirent les « Rouges ». Il y a ceux qui servirent volontairement pour des raisons idéologiques ou d’aventurisme et ceux qui rejoignirent, contraints et forcés, les rangs de l’Armée rouge des travailleurs et des paysans. Pour la première catégorie S. V. Volkoff l’estime à 2 à 3 000, pour la deuxième, 72 697 officiers et assimilés furent mobilisés du 12 juillet 1918 au 15 août 1920.

L’Armée rouge des travailleurs et des paysans était, s’agissant de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie, incontestablement une armée opérationnelle et à ce titre on peut considérer que des officiers, en grande majorité des officiers « du temps de guerre » et non des officiers de l’Armée impériale « de la vieille école » servirent, volontairement pour quelques-uns ou involontairement pour la plupart, les « Rouges ».

 OFFICIERS DE LA MARINE IMPERIALE AU SERVICE DES « ROUGES » ET DES « BLANCS »

J’essaye pour cette partie de résumer le contexte qui reste, bien entendu, incomplet et de nombreux aspects ne sont pas traités dans cet article.

Dans la Marine Impériale la situation fut bien différente de celle de l’Armée de terre.
La Marine Impériale russe comptait environ 6 400 officiers en 1914 dont environ 70 % étaient affectés à la flotte de la mer Baltique et plus de 20 % pour celle de la mer Noire. La Marine Impériale russe n’était pas de taille à se mesurer à la Kaiserliche Marine et elle restait sur la défensive, se protégeant derrière des champs de mines en évitant les affrontements importants, ce qui explique que les pertes furent négligeables. De nombreuses opérations ont toutefois été menées avec succès dont une décisive pour la suite de la guerre, la récupération du chiffre allemand dont se servaient également les Turcs et que l’on s’est empressé à communiquer aux Anglais. Ces opérations étaient bien préparées et la flotte était commandée de façon compétente que ce soit dans la mer Baltique, dans la mer Noire ou les autres mers. Dans la mer Noire, les navires russes ne pouvaient s’opposer à un croiseur de bataille allemand moderne sous drapeau turc, le Goeben. A partir de 1916, de chasseur il devient chassé par les nouveaux dreadnoughts du type Impératritsa Maria.

Dreadnought Volia, ex-Imperator Alexandre III par la suite Guénéral Alexeeff (du type Impératritsa Maria), un navire à l’artillerie « all-big-gun » armé de 12 canons de 305 mm

Dans ses souvenirs, Georges Kopp, télégraphiste du Goeben écrit : « Damnation ! Nous sommes à environ 24 000 m de lui et il tire encore. Nous nous trouvons complètement désarmés en face de ce navire, le plus moderne de la flotte russe de la mer Noire »

D’août 1914 à septembre 1917, les pertes du Département de la Marine du fait de la guerre, se chiffrent à environ 140 officiers. Les pertes causées par les massacres d’officiers de la flotte de la mer Baltique de février/mars 1917 par « des révolutionnaires [1] » se chiffrent à environ 100 officiers et ceux de la mer Noire de décembre 1917 à environ 30 officiers et ceux de février 1918 à environ 39. D’autres furent massacrés par la suite [2].

Les « officiers de la vieille école » avaient un profil différent de ceux de l’armée de terre puisque pour l’admission à l’Ecole navale qui formait la plus grande partie du contingent, priorité était donné aux fils d’officiers de la Marine, puis aux petit-fils d’officiers de la Marine, puis au fils d’officiers…. par conséquent environ 90 % des officiers de l’Ecole navale était issu de la noblesse héréditaire un officier devenant le plus souvent quasi automatiquement noble du fait de son grade [3].

Plusieurs études concernant le destin des officiers ont été effectuées, celle des années 1930 de Stakhevitch, membre du cercle historique de Koltchak de Paris sur une base de 2 019 officiers à l’évidence incomplète, de Dotsenko, capitaine de vaisseau et historien soviétique, de 1990 sur une base de 5 500 officiers à octobre 1917 et celles de Bérézovski sur une base de 8 450 officiers présents dans la flotte en 1921.
Nikita Kouznetsoff, dans son livre récent « La flotte russe à l’étranger » (2009), fait la synthèse suivante : sur la totalité des officiers début de 1918, environ 20 à 25 % quitteront la Russie soviétique. Le même pourcentage d’officiers décédera en raison de la guerre civile, de la terreur et des maladies, et les autres, soit environ 50 % dont la plus grande part périra dans les répressions, resteront en Russie soviétique.
Il ne s’agit là que d’éléments biographiques incomplets et les historiens, pour la plupart, évitent la question du nombre d’officiers de la Marine au service des « Rouges ». Les difficultés sont multiples à commencer par la définition du périmètre de l’appellation officiers de la Marine, par le chassé-croisé d’officiers qui évacuent, quittent la Russie puis reviennent pour continuer le combat comme le capitaine de frégate Tchepournov [4] ou qui « changent de camp ». La période à prendre en compte s’étend par ailleurs sur plusieurs années puisque des défections ont eu lieu à partir de 1917 et ceci jusqu’à fin 1922, date de l’évacuation de 24 navires de la région de Vladivostok sous le commandement de l’amiral Starck. Il existe toutefois des indicateurs pertinents, qui donnent une idée de ce qui s’est passé.

S’agissant du nombre d’officiers de la Marine S. V. Volkoff cite le chiffre de 8 600 à fin 1917 pour un périmètre comprenant les grades civils, le personnel médical, les officiers du génie civil de la marine, des forteresses de la Marine, les juristes….. K. B. Nazarenko cite le chiffre de 8 060 au 1er janvier 1918 (pour un périmètre sans doute moindre que celui de S. V. Volkoff), N. Kouznetsoff cite le chiffre de 8 371 au 1er janvier 1918.

En janvier 1918, on compte parmi ces officiers, 2 957 officiers « du temps de guerre ». Il y a donc dans la marine russe à la fin de la Première Guerre Mondiale environ 1 officier « du temps de guerre » pour 2 officiers de la vieille école de grade bien évidemment supérieur. Les officiers de la marine « du temps de guerre » étaient donc immédiatement encadrés et il en résultera une homogénéité qui n’existait pas dans l’armée de terre.

Les historiens « rouges » n’hésitent pas à parler de 6 500 officiers de la marine passés au service des Rouges pour une période allant de fin 1917 à 1922. On cite également quelques exemples de carrières heureuses d’officiers de la Marine Impériale chez les « Rouges » comme celui du capitaine de frégate N. N. Zouboff qui aurait servi dans « l’armée de Koltchak », puis après avoir été fait prisonnier, fit carrière en URSS et aurait été promu capitaine de vaisseau puis contre-amiral. On oublie de préciser que N. N. Zouboff a été déporté pour 4 ans en 1924 puis a passé 1 an dans la prison surpeuplée de « Boutyrka » et qu’étant un scientifique de haut niveau, il aurait eu vraisemblablement un traitement de faveur.

Il est toutefois indiscutable que des officiers de haut niveau ont servi les Rouges comme le vice-amiral Maximoff, le contre-amiral Zaroubaeff, le contre-amiral Altfater, le général major en l’amirauté C. O. Baranovsky (fusillé 1937), le capitaine de vaisseau M. V. Ivanoff, Le capitaine de vaisseau V. A . Spolatbog (fusillé 1937), le capitaine de vaisseau E. A. Berens [5], le lieutenant M. V. Viktoroff (fusillé 1938), le lieutenant de vaisseau V. A. Koukel (fusillé 1937), le lieutenant Pantserjansky (fusillé 1937), E. C. Guernet (arrêté en 1938 puis déporté en 1939), le capitaine de frégate L. M. Galler (arrêté en 1948 puis placé dans un asile psychiatrique du ministère de l’intérieur), le lieutenant G. A Stepanoff (arrêté en 1948) et d‘autres.

La flotte de la mer Baltique

Après la révolution de février 1917 de nombreux officiers de la flotte de la mer Baltique sont mis à la retraite ou écartés pour des raisons diverses.

Après la révolution d’octobre, d’autres démissionnent ou désertent surtout après le décret de Lénine du 29 janvier 1918 concernant l’organisation de la Flotte rouge des travailleurs et des paysans, diffusé dans la flotte le 30 janvier 1918 par le commissaire du peuple pour les affaires maritimes Dybenko.
C’est le cas du mitchman Kritch [6], officier en second du sous-marin Jaguar.

Le cas de mon grand-père, le capitaine de frégate Mikhail Andréevitch Babitsine est révélateur des difficultés que rencontrent les historiens pour estimer le nombre d’officiers de la marine passé au service des « Rouges ».
Fils de général « plein » (d’armée) en amirauté, il avait 5 oncles officiers de la marine. Il se disait monarchiste et apolitique. Il avait achevé en plus de l’Ecole navale les cours de spécialisation de mines et torpilles ainsi que le tout premier cours de spécialisation d’officier sous-marinier.
Au début de la guerre, il sera muté en qualité de second sur un navire particulièrement réussi, le contre-torpilleur Novik, qui sera à l’époque le navire de guerre le plus rapide du monde avec une vitesse de 37,7 nœuds. Il participe à plusieurs opérations qui resteront dans les annales.
Les 22 et 23 octobre 1914 le Novik et 3 autres contre-torpilleurs posent des mines dans la baie de Dantzig, au nez et à la barbe des Allemands, une opération particulièrement risquée, d’ailleurs, au retour, le Novik tombe sur deux navires allemands et se fait canonner mais réussit à s’éloigner dans la nuit à toute vitesse sans être touché. Le 4 novembre 1914, le croiseur cuirassé Friedrich Karl sautera sur 2 de ces mines et coulera. Le vapeur Elbing envoyé de Memel à sa rescousse sautera également. Le 19 novembre 1914, Mikhaïl Andréevitch recevra l’ordre de Sainte Anne de 2éme classe avec glaives pour excellence dans l’action contre l’ennemi.
La nuit du 4 août 1915, le destroyer Kondratenko signale par radio que deux contre-torpilleurs ennemis ont forcé le passage des champs de mines et partent à l’attaque du Slava, un vieux cuirassé qui canonne les navires allemands qui approchent des champs de mines pour les draguer. Le 5 à 4 heures du matin, le Novik commandé par le capitaine de frégate Berens [7] attaque les deux contre-torpilleurs allemands ultra-modernes, le V99 et V100 (mis à l’eau en février 1915). Après un échange d’artillerie, la troisième salve du Novik ira droit au but et détruisit la cheminée du 1er contre-torpilleur qui prit feu. Le Novik concentra alors son tir sur le deuxième qui prit feu à son tour et se retira derrière un écran de fumée (une première à l’époque) puis pénétra dans le champ de mines russe. Deux marins russes seront légèrement blessés et il y aura quelques dégâts matériels à bord. Le Novik abandonnera la poursuite mais le V99 se trouvera dans l’obligation de s’échouer et l’équipage le fera sauter. Coté Allemands, il y aura 17 morts, 6 disparus et 39 blessés.

Le Novik engageant le V 99 et V 100 peint par V. Gortchkoff

Après la révolution d’octobre, début 1918, il sert à Helsingfors (Helsinki) où est basé son contre-torpilleur Le Gromiachtchi. Début 1918, Helsingfors et un autre port militaire celui de Revel (Tallin) sont menacés par l’armée allemande. Le capitaine de vaisseau Chtchastny, un noble héréditaire, fils de général d’artillerie, commande la flotte de la mer Baltique [8]. Il est en janvier 1918 responsable de l’Etat-major de la marine pour la partie opérationnelle, puis deviendra commandant de la flotte après la dissolution du Tsentrobalte [9] le 17 avril 1918. D’après les souvenirs du monarchiste Graf [10] et du bolchévique Raskolnikoff [11] qui sont pour une fois tout deux d’accord, la division des mines dans laquelle servait mon grand-père se trouvait sous l’emprise des officiers qui par ailleurs n’obéissaient pas, comme le montre la suite, à l’état-major de la Marine rouge des travailleurs et des paysans. La révolution d’octobre n’était pas vraiment passée par là.
D’après les souvenirs de mon grand-père, ordre est donné par l’Etat-major de la marine de préparer les navires au dynamitage et l’on promet une gratification financière substantielle. Chtchastnyi rend l’ordre public. Les marins sont outrés par cette situation et y voient la main allemande [12]. De nombreux officiers désertent. Chtchastnyi rassemble les officiers scandalisés qui choisissent entre la peste et le choléra. Il n’est pas question de laisser les navires aux allemands ni de les saborder et alors que la mer est gelée et considérée comme non navigable, on décide de convoyer les navires à Kronstadt. Plus de 200 navires seront transférés. Ce transfert se nommera la Croisière des glaces.

Le Gromiachtchi est jugé en trop mauvais état pour ce périple et mon grand-père prend le commandement du contre-torpilleur Moskvitianine, mais laisse son épouse enceinte et ses cinq enfants à Helsingfors. Il n’était pas question d’un quelconque retour en Russie soviétique pour la famille et l’on peut supposer qu’il n’était pas question pour mon grand-père d’y rester.

Le moskvitianine
Le Moskvitianine

Le navire arrive à bon port à Kronstadt. On lui affecte un commissaire qui reproche à Mikhail Andréevitch ses bonnes relations avec l’équipage et, curieusement, place des gardes armés devant sa chambre [13]. Mon grand-père demande l’autorisation de se rendre à terre pour travailler au Musée de l’histoire à la généalogie de sa famille. Cette autorisation lui est accordée et il en profite pour préparer sa fuite en Finlande. En novembre 1918, il traverse à la nage, dans l’eau glacée, la rivière Sestra qui sépare la Russie soviétique de la Finlande, et rejoint les troupes de l’Armée blanche de Youdénitch dans laquelle il commandera une section de marins du 23ème régiment de Petchora sous le commandement du capitaine de vaisseau Chichko.
Mikhail Andréevitch était vraisemblablement inclus dans les listes des officiers qui avaient rejoint les Rouges volontairement comme les autres officiers de ce périple que l’on peut estimer à environ 1 000 à 1 500. Dans les faits, il avait fait ce qu’il estimait être son devoir c’est-à-dire ne pas laisser son navire aux Allemands puis il fit ce que lui dictait son honneur et sa conscience.

Le nombre d’officiers passés chez les « Blancs », nombre par ailleurs à ce jour inconnu, n’est jamais pris en compte par les historiens même dans un cadre approximatif. Il n’est pourtant pas invraisemblable que des centaines d’officiers aient déserté la Flotte rouge pour rejoindre les « Blancs » et plus particulièrement la Flotte de la mer Noire et, par conséquent, le nombre de 6 500 officiers ayant servi les « Rouges » régulièrement évoqués ne pouvait rester constant de 1917 à 1922.

S’agissant des autres officiers de la Croisière des glaces et plus particulièrement, de la division des mines, je ne sais combien ont désertés, mais pour ceux qui sont restés, l’ambiance n’était pas des plus calmes. Des meetings rassemblant des foules nombreuses étaient improvisés et des orateurs, simples matelots, officiers mariniers ou officiers, intervenaient. On appelait à l’insurrection et à prendre le pouvoir. Lors d’un meeting dans les locaux de l’école navale, les porte-paroles de la Division des mines, le lieutenant G. N. Lisatchevitch et le matelot F. U. Zasimouk prirent le dessus sur F. F. Raskolnikoff et A. V. Lounatcharski [14] et refusèrent de faire juger les leaders du mouvement. Chtchastny qui jouissait alors d’une très grande popularité, gênante pour Trotsky, refusa de faire arrêter G. N. Lisatchevitch et F. U. Zasimouk et dès lors, il fut considéré par les bolchéviques comme leader du mouvement. Chtchastny pris également le parti d’option des socialistes révolutionnaires comme celle de défendre le fort INO, en d’autres termes, de continuer la guerre, contre l’avis de Trotsky et contre l’avis des bolchéviques. Trotsky le fait arrêter avec l’accord de Lénine, et après un simulacre de jugement présidé par un ouvrier dans lequel les principaux témoins ne se présentent pas, Trotsky intervient voire dirige le jugement et fait fusiller Chtchastny en juin 1918. Son corps ne sera jamais retrouvé.
La mort de Chtchastny suscita une tempête de protestations et de manifestations. Les officiers de la marine furent scandalisés.
La flotte de la mer Baltique devint alors pour une partie incontrôlable et inopérationnelle.
Une des hypothèses, régulièrement retenue et évoquée, de la raison du transfert par les Bolchéviques de la capitale de Petrograd à Moscou et de quitter cette première avec armes et bagages, est la proximité entre le pouvoir et cette flotte insurrectionnelle.
Le climat d’insurrection dans la flotte déboucha sur l’insurrection de l’important fort de Krasnaya Gorka [15] en 1919 ainsi que des forts Seraya Lochad et Obroutcheff puis de Kronstadt en 1921 et l’on diligentera le général Toukhatchevski avec une armée de 50 000 hommes mater l’insurrection de 15 000 marins. Ce sera une hécatombe de part et d’autre et il y eut tellement de cadavres que le gouvernement finlandais intervint pour que la glace du golfe de Finlande fût dégagée. Au moins 8 800 marins dont 500 officiers s’enfuirent sur la glace vers la Finlande où ils furent internés.
L’insurrection de Kronstadt, conduira Lénine à mettre en place une nouvelle politique celle de la NEP [16].
L’historien K. B. Nazarenko [17] considère que la flotte de la mer Baltique « traditionnelle » se transforma en flotte « révolutionnaire » et que « les anciens officiers » se trouvèrent dans la position inhabituelle de commander des marins d’une flotte de type « révolutionnaire » opposée aux bolchéviques au pouvoir.

Les bolchéviques tenteront de créer un groupe de navires opérationnels en novembre 1918 sous la direction de Raskolnikoff alors membre du Soviet militaire révolutionnaire de la république en regroupant les meilleurs navires et les équipages les plus fiables. Il s’agit d’un navire de ligne, d’un croiseur, de 4 contre-torpilleurs et de 4 sous-marins, on ne peut, par conséquent, parler d’un projet véritablement ambitieux. Par ailleurs, les résultats ne seront guère concluants. Une opération sera dirigée par Raskolnikoff en personne en décembre 1918. Il s’agit d’une opération de reconnaissance et de bombardement du port de Revel. Un navire de ligne, un croiseur, un sous-marin et 3 contre-torpilleurs seront engagés mais rien ne fonctionne, ni le matériel, ni les équipages. Le sous-marin, et 2 contre-torpilleurs connaissent des dysfonctionnements. Raskolnikoff part sur le contre-torpilleur Spartak, seul. Il se heurte à la flotte anglaise qui le poursuit. Les Anglais assuraient un soutien aux Etats Baltes qui avaient pris leur indépendance. Le Spartak tire quelques coups de canons qui n’atteignent pas leurs cibles puis s’échoue et sera arraisonné. Raskolnikoff est fait prisonnier. Les anglais trouvent le navire dans un état pitoyable. Le jour suivant, un autre contre-torpilleur, l’Avtroil tente de rejoindre le Spartak, il sera arraisonné sans avoir tiré un seul coup de canon. Cette opération se soldera par la perte de 2 contre-torpilleurs et d’environ 250 marins faits prisonniers dont environ 50, rejoindront la flotte estonienne ou l’Armée de Youdenitch. La conclusion de la commission chargée de l’affaire, conclura qu’il est temps d’arrêter de négliger les anciens officiers de la marine, qui étaient formés pendant de longues années à la guerre en mer.
Une autre opération de mouillage de mines sera menée en octobre 1919 par 4 contre-torpilleurs et elle se soldera par la perte de 3 d’entre eux et de 485 marins soit plus de 3 fois plus que pendant toute la première guerre mondiale alors que ce type d’opération était des plus courants. La commission conclura à une absence de préparation de cette opération.
Les Anglais couleront plusieurs navires, le croiseur Oleg, la base flottante Pamiat Azova, d’autres seront gravement endommagés comme le navire de ligne Andrei Pervozvannyi, le contre torpilleur Gavriil, et, à chaque fois, les commissions d’enquêtes mettront en évidence de graves dysfonctionnements.
La Flotte rouge des ouvriers et des paysans connaîtra toutefois quelques rares succès dont celui du lieutenant N. A. Bakhtine qui attaque, à bord du sous-marin Pantera, le contre-torpilleur anglais Vittoria et le coulera. Il sera condamné à la déportation en 1927.

Force est de constater qu’une grande partie de la flotte de la mer Baltique était insurrectionnelle et l’autre, inopérationnelle et que les opérations, à de rares exceptions près, n’étaient pas menées par des officiers dignes de ce nom.

La flotte de la mer Noire

La prise du pouvoir par les Bolchéviques en Crimée

La flotte de la mer Noire comptait 1 463 officiers au 1er janvier 1917, une vingtaine d’officiers sont morts ou fait prisonniers pendant la guerre. Après la révolution de février, de nombreux officiers sont mis à la retraite ou écartés pour des raisons diverses. L’amiral Koltchak réussit à maintenir l’état opérationnel d’une partie de la flotte jusqu’à son départ en juin 1917 [18], en composant avec les socialistes-révolutionnaires. Il règne toutefois un grand désordre. De nombreux officiers sont arrêtés en juin par les matelots. A partir de juillet 1917 la flotte de la mer Noire devient incontrôlable et elle échappe au contrôle des officiers, mais il n’y aura pas d’officiers assassinés avant que les bolchéviques ne prennent le pouvoir.
En août 1917, il n’y avait que peu de bolchéviques à Sébastopol et l’on en dénombre 150, pour 25 000 socialistes-révolutionnaires et 17 000 mencheviques.
Si les massacres des officiers de la mer Baltique ne sont à ce jour pas élucidés, ils sont bien moins mystérieux pour la mer Noire.
Début août 1917, le secrétariat du Comité central bolchévique diligente à Sébastopol une propagandiste de haut niveau, N. I. Ostrovskaya [19] qui gagne vite en popularité. Elle sera suivie par d’autres, par A. V. Mokrooussoff [20], qui mènera des actions militaires et surtout par Y. P. Gavaine [21]. Dans les rangs bolchéviques, curieusement, des réticences concernant le profil de ce dernier sont exprimées et sa venue ne soulève pas l’enthousiasme. Gavaine sera par la suite le bras droit de Bela Koun qui dirigera les massacres en Crimée et instaurera la terreur rouge.
Le 30 août le Tsentroflotte [22] ouvre sa première cession. Plusieurs bolchéviques ou sympathisants « de poids » en font partie comme К. E. Zedine [23] , V. V. Romenets …
Le 25 octobre, le contre-torpilleur Fidonissi hisse le pavillon rouge. Le 27 octobre, les marins du Rostislav et du Gnevny approuvent la prise du pouvoir par les Soviets, puis le Tsentroflotte, puis les autres navires et organisations.
La nuit du 15 décembre 1917, une trentaine d’officiers dont l’amiral Novitski seront arrêtés arbitrairement et fusillés par « manque de places dans la prison ».
Cette même nuit du 15 décembre, un Comité provisoire révolutionnaire militaire est organisé. Le président sera Y. P. Gavaine. Le Comité émet un arrêté qui stipule que les fouilles et arrestations ne peuvent être effectuées que sur ordre du Comité. Le lendemain, un autre arrêté est affiché sur les murs de Sébastopol qui mentionne que le Comité provisoire révolutionnaire prend la direction de la lutte contre les opposants à la révolution.
Le Comité arme ses partisans et désarme les autres, notamment les anarchistes, puis l’on prend par les armes les autres villes de Crimée. Plusieurs centaines d’officiers de toutes armes, seront massacrés à Simféropol, d’autres à Yalta, à Feodossia, à Evpatoria….
Le coup est porté sur les officiers mais aussi sur le clergé et la classe possédante.
Fin janvier 1918, Y. P. Gavaine télégraphie à Lénine « La première étape difficile de prise de pouvoir par le peuple sur la presqu’île de Crimée est accomplie » [24].
Le 14 décembre 1920, Y. P. Gavaine écrira « je crois bon de rappeler, que je pratiquais la terreur avant même qu’elle ne soit instaurée officiellement par le parti » [25]. Par le parti, effectivement, et par Lénine ?

Les officiers de la marine démissionnent en nombre.

L’armée cosaque du Don

Contrairement à l’historiographie traditionnelle dans laquelle on situe la création de la flotte blanche en octobre 1918, de nombreux officiers rejoignent les forces cosaques du Don et des canonnières, comme la Tsymla, commandé par le lieutenant A. M. Chestakoff [26], étaient opérationnelles dès juillet 1918. Ces forces cosaques seront rejointes par de nombreux officiers de la marine qui serviront dans les forces maritimes de l’armée du Don sous le commandement du contre-amiral Kononoff, la flottille fluviale étant commandée par le lieutenant de vaisseau Guérassimoff. Les officiers de la marine servaient également dans les trains blindés ou dans l’artillerie lourde de la marine montés sur des plateformes ferroviaires. Une usine d’armement importante avait été organisée dans le port de Taganrog sous la direction du Général en l’amirauté Ogloblinski [27].

Un des engins de l'Armée du Don assemblé dans l'usine de Taganrog et servi par des officiers de la marine (photo prise après la création des Forces armées du sud de la Russie puisque le général Dénikine est sur la photo. Egalement sur la photo le capitaine de vaisseau Podgorny, l'amiral Guerassimoff, le lieutenant Chestakoff, le lieutenant Ilenko, le lieutenant Tchekhoff, le lieutenant Kiachkine)
Un des engins de l’Armée du Don assemblé dans l’usine de Taganrog et servi par des officiers de la marine (photo prise après la création des Forces armées du sud de la Russie puisque le général Dénikine est sur la photo. Egalement sur la photo le capitaine de vaisseau Podgorny, l’amiral Guerassimoff, le lieutenant Chestakoff, le lieutenant Ilenko, le lieutenant Tchekhoff, le lieutenant Kiachkine)

Première évacuation de Sébastopol. La tragédie de Novorossiïsk.

En mars 1918, le port d’Odessa est occupé par les Allemands et leurs alliés, les navires sont évacués et la plupart des navires de guerre sont regroupés dans le port de Sébastopol. Le nombre de navires dans ce dernier port est très important.
Malgré la paix de Brest-Litovsk, l’armée allemande et austro-hongroise ainsi que l’armée indépendantiste ukrainienne qui se joint à eux, progressent vers la Crimée et Sébastopol.
Les ouvriers de Sébastopol, las des excès, se désolidarisent des marins bolchéviques et organisent leur propre milice en espérant être libérés des Bolchéviques par les ukrainiens. Des coups de feu entre ouvriers et gardes Rouges sont échangés.
Au Tsentroflotte, les révolutionnaires fanfaronnent, on clame à qui veut entendre que les allemands ainsi que les bourgeois ukrainiens peuvent venir et on leur montrera de quel bois on se chauffe. Vers mi-avril 1918, la menace se faisant de plus en plus proche et concrète, le Tsentroflotte se montre désemparé, puis c’est la panique. On organise secrètement la fuite, mais une des préoccupations est également le sauvetage de la flotte.
La seule possibilité est de transférer la flotte à Novorossiïsk bien que le port ne soit pas adapté. C’est le seul port de la Mer Noire qui peut accueillir, la flotte dans de mauvaises conditions.
Le Tsentroflotte ne sait ni que faire, ni comment faire et même « l’amiral rouge », Nimitz, le dernier commandant de la Flotte de la mer Noire, a déserté, apeuré, juste avant les massacres.
Lors des meetings ininterrompus du Tsentroflotte de la mer Noire, un délégué du gouvernement ukrainien propose d’accepter le protectorat de la République Populaire Ukrainienne. Il garantit la sécurité, affirme que les Allemands arrêteront l’avancée et que seules les troupes ukrainiennes pénétreront à Sébastopol. Il pose comme condition que les navires arborent le pavillon jaune et bleu de l’Ukraine. C’en est trop pour les révolutionnaires de Sébastopol, qui se considèrent être l’avant-garde de la révolution et refusent catégoriquement de baisser le « pavillon rouge des opprimés ».
Les 24, 25, 26 avril la ville de Simféropol, voisine de Sébastopol, est prise par les Allemands et il n’y a plus aucun espoir de les arrêter. C’est alors la panique et les meetings se déroulent jour et nuit. Les révolutionnaires ont peur, non sans raison, des « impérialistes allemands » qui ne vont pas manquer à mettre de l’ordre. Les officiers ainsi qu’une partie des équipages, fidèles à leur devoir et aux alliés, considèrent les Allemands comme des ennemis. Le 29, alors que les éclaireurs allemands sont à proximité de la ville, au cours d’un meeting sur le dreadnought Volia  [28], les marins prennent la décision d’envoyer une délégation avec le capitaine de vaisseau Tikhmeneff à sa tête, pour proposer à l’amiral Sabline [29], qui se trouve à Sébastopol, de prendre le commandement de la flotte. Le 1er mai 1918 l’amiral Sabline donne alors l’ordre à tous les navires qui le peuvent, de quitter le port et de rejoindre le port de Novorossiisk.
Le 2 ou le 3 juin, l’amiral reçoit d’importantes instructions secrètes apportées par Vakhrameev, membre du collège du Commissariat aux Affaires Maritimes. La note se présente sous la forme d’un rapport du contre-amiral E. A. Behrens [30], chef d’état-major, adressé à Trotsky qui recommande de saborder la flotte, de peur que les allemands ne s’en saisissent. Le rapport du 28 mai est contresigné par Trotsky et Lénine. Les marins, bien entendu, ne peuvent exécuter cet ordre sans une menace réelle, concrète et imminente, d’ailleurs l’armée allemande semble s’être immobilisée. L’amiral Sabline, en désaccord avec cette note, décide de partir pour Moscou pour présenter son point de vue. Il nomme, avant son départ, le capitaine de vaisseau Tikhmenev commandant de l’escadre par intérim et le capitaine de vaisseau Lebedinski, chef d’état-major.
S’ensuit un échange de télégrammes et l’on reçoit un télégramme chiffré de Trotsky mentionnant « coulez immédiatement la flotte à Novorossiisk dès réception du télégramme en clair avec ordre de transférer la flotte à Sébastopol aux conditions présentées par le commandement allemand » [31] mais une heure après la réception du message, la ville entière est au courant du contenu. Un peu plus tard on reçoit le second télégramme en clair qui mentionne que suite aux discussions menées par le Soviet des Commissaires du Peuple avec le gouvernement allemand, la flotte doit se rendre à Sébastopol conformément aux conditions posées par les autorités militaires allemandes.
A Novorossiisk, les officiers supérieurs ont tous à l’esprit l’affaire Chtchastny.
Le 16 juin Tikhmenev organise un référendum parmi les équipages et à la question saborder ou rapatrier la flotte à Sébastopol, 640 marins votent pour le sabordage, 939 pour le retour à Sébastopol et 1 000 s’abstiennent. Tikhmeneff donne l’ordre du départ. Des navires appareillent, d’autres restent.
Le 17 juin au soir le dreadnought Volia, les contre-torpilleurs Pylki, Derski, Pospecnhy, Bespokoïny, Jarki, Gromki, Jivoï, le cargo-mixte Troyane et le yacht Kresta quittent Novorossiïsk pour Sébastopol, et entrent le 19 juin dans la rade de Sébastopol, défilant devant le croiseur allemand Goeben. Les allemands désarment les navires et ne laissent que le personnel nécessaire au gardiennage. Les 17 et 18 juin, les navires restés à Novorossiïsk sont sabordés par leur équipage, le dreadnought Svobodnaya Rossia (ex-Imperatritsa Ekaterina II) est torpillé par le Kertch, et il ne faudra pas moins de 4 torpilles pour l’envoyer par le fond, puis les contre-torpilleurs Fidonissi, Pronzitelny, Gadjibei, Kaliakria, Capitaine-lieutenant Baranov, Lieutenant Chestakoff, Smetlivy, Stremitelny sont sabordés et envoyés par le fond, le Kertch marchera vers Touapse et se sabordera à son tour.

Le dreadnought {Volia } part pour Sébastopol et le contretorpilleur {Kertch } (au premier plan) sera sabordé par son équipage

L’armistice est signé le 30 octobre avec la Turquie et le 11 novembre 1918 avec l’Allemagne.
Le 23 et 24, une puissante escadre de l’Entente sous le commandement de l’amiral anglais Calthorpe entre dans la rade de Sébastopol.
L’arrivée des alliés suscite un grand espoir, vite déçu et suivi d’un grand abattement. Les alliés se conduisent en maître, saisissent, sabotent et pillent. De nombreux navires sont emmenés par les alliés. Les russes sont scandalisés surtout par le comportement des Grecs [32], dont les exploits militaires n’ont pas particulièrement marqué les esprits des marins russes.
C’est dans ce contexte que des groupes d’officiers Blancs prennent l’initiative, contre vents et marées, chacun de leur côté, au début sans ordre ni soutien, de s’emparer de navires de les remettre en état, puis de reconstituer une flotte. La flotte russe Blanche s’étoffera petit à petit bien souvent grâce à l’initiative de groupe de quelques officiers de la Marine qui feront preuve d’initiative, de courage et d’abnégation.
Le 8 janvier 1919 l’Armée cosaque du Don se joint à l’Armée des Volontaires pour former les Forces Armées du Sud de la Russie sous le commandement du général Denikine et la flottille cosaque sera intégrée à la Flotte de la mer Noire et de la mer d’Azov.

A fin août 1919, cette flotte deviendra impressionnante et des centaines d’officiers de la marine la rejoignent pour combattre le bolchévisme :

  1. Croiseur : Guénéral Korniloff (anciennement Kagoul)
  2. Croiseur auxiliaire : Tsessarévitch Guéorguiï
  3. Canonnières : Teretz
    Grozny (Mouilleur de mines)
  4. Contre-torpilleur : Pospechny
    Jivoy
    Jarki
  5. Sous-marins : Tiouléne
    Outka
    Bourevestnik
  6. Aviso : Boug
    Dounay
    Razvedtchik (anciennement aviso N° 7)
    Okhotnik (anciennement aviso N° 10)
  7. Dragueur de mines : Albatros
    Baklane

    Aspaszia
    Roza
    Volga
    Graf Ignatiev

    Vedettes lance-torpille : Kiev
    Poltava

    Vedettes à moteur : Rouslane
    Lioudmila
    Kretchet
    Korchoune
    Strij
    Roxana
    Strij
    Touz

    Vedette à vapeur : Nelly
  8. Divisions de vedettes :
    Les trois divisions mentionnées ci-dessous sont exclues de la flotte en raison de leur détachement en opération sur la Volga.
    I. Division (de Rostov)
    Goeben (М. К. 6)
    Stationnaire (М. К. 10)
    Dobryï
    Kirylle
    Géneral Rouzskiï
    « С. К. 4 »
    « С. К. 5 »

    II. Division (du Kouban)
    Tchernomoretz
    Lineets
    Palstoune
    Tcherkess
    4 vedettes non pontés

    III. Division (de la Volga) :
    М. К. 3
    М. К. 4
    М. К. 5
    М. К. 7
    М. К. 9
    С. К. 1
    С. К. 2
    С. К. 3

    IV. Division
    Capitaine de frégate Medvedev (ex vedette anglaise N° 204)
    Lieutenant de vaisseau Makarov (ex vedette anglaise N° 405)

    М. К. 1 En réparation à Touapse
    М. К. 2 « 
    М. К. 8 « 
    С. К. 6 A rapatrier de Constantza
    С. К. 7 « 
    С К. 8 « 
    С. К. 9 « 
    С. К. 10 A Sébastopol
    № 126 « 
    № 130 « 
    № 311, 313, 317, 318 dans la baie de Kilenne (Sébastopol)
  9. Groupe de navires spéciaux
    Vedettes : Nicolas pachitch
    Gydra
    Delphine
    Ekaterina Velikaya
    К. 20 Kalédine
    К. 10 Vania
    К. 12 Amalia
    К. 1 Bolindère
    К. 17 Bolindère
    К. 3 Bolindère
    К. Guéorguï

    Vapeur armé : Dneprovets
  10. Transport :
    Du département de la marine :
    Antone
    Violetta
    Dallando
    Dnepr
    Ekaterinodar
    (anciennement Kaler. Sanarissse)
    Margarita
    Nikolaï (№ 119)
    Poti
    Rion
    Rizé
    Chilka
    Ingoul

    Vedette : Ostorojnyï
    Mobilisés :
    Moriak
    Metchta
  11. Navires hydrographiques et navire des balises :
    Kazbek
    Vekha
    Morj
  12. Remorqueur de sauvetage :
    Tchernomore
  13. Navire atelier : Kronchtadt
  14. Ponton à Sébastopol : ex navire de ligne Guéorguiï Pobedonossets

Navire nécessitant une réparation

  • Contre-torpilleur : Gnevny
    Pylky
    Strogui
    Svirepyï
  • Canonnière : Koubanets
    Straj
    (Mouilleur de mines)
  • Transport du département de la marine :
    Roma

Les navires pris par les alliés et non rendus en août 1919, seront petit à petit restitués. Il s’agit de :

  • Navire de ligne Impérator Alexandre III (Volia) par la suite Guénéral Alexeieff
  • Contre-torpilleurs :
    Schastlivy
    Bespokoinnyï
    Derzki
    Capitaine Sakenne
    Zorki
    Zvonki
  • Aviso : Almaz
  • Dragueurs de mines : № 410
    № 411
  • Transport : Rodosto

Les Rouges ne pourront mener que quelques timides actions avec des canonnières, ils couleront une canonnière blanche, le Salguir mais ne contrôleront pas la mer d’Azov et d’ailleurs, ne pourront pas en sortir. Un sous-marin sera également remis en état à Nicolaev mais sans torpilles, il ne sera d’aucune utilité.

En 1920, la Marine Blanche contrôle la mer Noire et la Mer d’Azov.

Le parcours des amiraux

Un indicateur intéressant est le parcours des amiraux, dont on connait, pour la plupart, la biographie :

Assassinés Emigrés Flotte rouge (1) Autre que (1) mort naturelle Russie/URSS Déportés Destins inconnus
Promu avant 1917 Amiraux, 13 4 5 0 3 (tous en 1918) 1
Vice-amiraux, 29 7 15 2 2 (1 en 1919) 1 2
Contre-amiraux, 82 14 39 12 (dont 1 fusillé) 9 (dont 2 en prison) 8
Promu après 1917 dans flotte blanche Tous grades,29 28 1 resté en URSS
Total 153 25 87 15 14 1 12

Sur 153 amiraux, vice-amiraux et contre-amiraux, 25 furent assassinés, 87 quittèrent le pays, 15 servirent chez les « Rouges », 14 qui ne servirent pas les Rouges décédèrent de mort naturelle dont 2 en prison, 1 a été déporté et on ne sait ce que sont devenus 12 d’entre eux.

Officiers de la marine « Blancs »/officiers de la marine « Rouges »

S.V. Volkoff [33] cite les noms d’environ 1 450 officiers de la marine ou assimilés des Forces armées du sud de la Russie et d’environ 200 officiers de la marine pour le front Blanc du Nord
K. B. Nazarenko [34] considère qu’en mars 1921 il y avait 6 559 officiers de la marine dans la flotte rouge et 1 416 (date non indiquée, vraisemblablement 1920) officiers de la marine dans les forces blanches.
Ce sont les chiffres généralement cités par les « historiens rouges ».
K. B. Nazarenko donne quelques détails. Il cite 199 officiers de la marine dans la flottille Sibérienne, 218 dans la division des fusiliers de la marine de Sibérie et 18 dans la flottille de combat Sibérienne soit 435 pour la Sibérie.
V. Verzounoff [35], historien, spécialiste de l’armée des Volontaires du nord-ouest, cite les noms de 264 officiers de la marine qui combattaient dans l’Armée des volontaires du nord-ouest

Le total des officiers identifiés servant dans les forces blanches est donc un minimum approximatif de 1 450 + 200 + 435 + 264 = 2 349.

Il faut ajouter à ce chiffre ceux qui n’ont pas été identifiés. K. B. Nazarenko en cite plusieurs en exemple qui ne figurent pas chez Volkoff. On pourrait estimer qu’environ 2 500 à 3 000 officiers de la marine combattaient dans les forces blanches ce qui met en question le chiffre de 6 500 officiers de la marine dans la flotte rouge.
Par ailleurs, comme relaté précédemment, la plupart des officiers de la marine mobilisés dans la marine rouge ne servaient pas mais tentaient de survivre, le climat insurrectionnel qui régnait dans la flotte rouge ainsi que les résultats catastrophiques de la flotte rouge le montrent bien.

PAUL LOUKINE
(Copyright)


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Tout ancien officier ou élève-officier ayant appartenu, à quel que titre que ce soit à la Marine Impériale Russe, et ayant émigré après la Révolution et la Guerre Civile est Membre de Droit.

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Générale de l’Association ( 2 bld Côte de Beauté / 17640 Vaux sur Mer / France ) ou entièrement scanné par voie électronique à akoulina wanadoo.fr .

Le candidat devra donner toute information sur l’ascendant ( ou les ascendants) qui a ( ont) été promus officier de la marine impériale russe avant février 1917 ou servi comme élève-officier à l’École navale (Sébastopol puis Bizerte) avant 1924, expliciter son lien de parenté et renseigner brièvement son propre parcours.

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