Le croiseur « Askold » à la bataille de Gallipoli

Comme annoncé, voici la traduction en français de THE « ASKOLD » CRUISER IN THE GALLIPOLI BATTLE. Merci aux traducteurs Pierre de Saint Hippolyte et Philippe Ferdinand-Dreyfus.

Article mis en ligne le 1er avril 2010
dernière modification le 26 mars 2020

par Philippe Ferdinand-Dreyfus, Pierre de Saint Hippolyte

Comme annoncé, voici la traduction en français de THE « ASKOLD » CRUISER IN THE GALLIPOLI BATTLE. Merci aux traducteurs Pierre de Saint Hippolyte et Philippe Ferdinand-Dreyfus.

En 1915, l’Askold était un navire bien connu. Dix ans auparavant son nom s’était rendu célèbre à tous les marins de guerre lorsque, le 28 juillet 1904, au cours d’un combat contre les croiseurs japonais (n.d.t. à la bataille de Tsushima), l’Askold avait réussi à échapper à l’encerclement ennemi. Il avait été l’un des rares bâtiments russes de l’escadre de Port Arthur à éviter la captivité au Japon.

Dix ans plus tard, l’Askold se trouvait rattaché à l’escadre du contre-amiral français Guépratte, dans l’est de l’Océan Indien où, depuis le début de la première guerre mondiale, le croiseur pourchassait les corsaires allemands qui opéraient dans ces eaux. Le commandement naval russe l’avait désigné pour se joindre aux opérations des Dardanelles, où il devait participer au soutien d’un débarquement de diversion sur la côte sud du détroit. Sa mission était de bombarder à courte distance les forts de Kum Kale et Orkanie, et, à défaut, de les réduire au silence, du moins de détourner leur attention des transports chargés du débarquement.

Pendant ce temps, 3000 hommes du sixième régiment d’infanterie coloniale devaient débarquer sur la côte. L’Askold devait également fournir un certain nombre d’embarcations pour ce débarquement. Ce n’était pas une tâche facile pour l’Askold, car c’était un croiseur léger sans ceinture cuirassée, et il lui fallait engager l’artillerie de 210 et 240 des forts. Pour l’Askold, la façon la plus sûre d’opérer était donc de procéder à des manœuvres rapides et brutales, et à changer en permanence de cap et de vitesse, mais, dans le détroit des Dardanelles, ces manœuvres pouvaient conduire au désastre, car, en dépit des opérations de dragage, les eaux du détroit étaient infestées de mines. Néanmoins, l’amiral de Roebek, commandant l’escadre alliée, ordonna aux croiseurs d’assurer l’appui-feu des troupes de débarquement. L’Askold devait opérer avec le croiseur français Jeanne d’Arc. Dans la matinée du 12 avril 1915 ( ancien style ), les deux bâtiments croisaient le long de la côte en arrosant d’obus les positions turques tandis que le fort d’Orkanie et les batteries mobiles restaient silencieux.

Un officier de l’Askold, l’enseigne de vaisseau S. Kornilov, fut désigné pour commander les vedettes et autres embarcations et les conduire au transport « Van Longh ». Les soldats des troupes coloniales embarquèrent en sautant dans les embarcations comme à l’exercice. Lorsque la première vague de tirailleurs fut proche des plages, l’infanterie turque occupa soudainement des tranchées camouflées, et des rafales des excellentes mitrailleuses allemandes déchirèrent l’air. Simultanément, l’artillerie des forts ouvrit le feu. L’explosion d’un obus retourna une embarcation et les soldats noirs coulèrent à pic sans lâcher leurs armes. L’Askold et la Jeanne d’Arc changeaient constamment de route pour gêner la précision du tir ennemi. L’Askold y parvint, mais la Jeanne d’Arc n’eut pas cette chance : un obus de 240 mm frappa sa tourelle avant. L’armement de la tourelle fut anéanti et un incendie se déclara au niveau du pont des postes d’équipage du croiseur.

Vers onze heures du matin, au moment où la troisième vague de débarquement atteignait la côte, un grand avion survola les croiseurs et largua quatre bombes qui manquèrent de peu l’Askold. L’équipage sur le pont fit de son mieux pour l’écarter avec des tirs de fusils, car l’Askold n’avait pas d’artillerie anti-aérienne : en effet celui-ci avait été construit avant l’ère de l’aviation de combat. Mais la chance était avec le croiseur russe, qui réussit à accomplir cette action extrêmement dangereuse sans une égratignure. Néanmoins, l’équipage de l’Askold eut à déplorer la perte de quatre marins morts et neuf blessés, tous membres des équipes de débarquement.

La puissance de feu du croiseur ne fut pas suffisante pour réduire au silence les canons des forts, mais, le 12 avril, ses canons de six pouces ( ndt 155 mm ) obligèrent 500 soldats turcs à se rendre pendant le bombardement de la ville d’Enisher. Les Turcs jetèrent leurs armes et traversèrent le no man’s land en direction des lignes françaises. Le débarquement de Kumkale détourna l’action des deux forts et de deux divisions d’artillerie. Dans la nuit du 13 avril, le commandement décida que la mission avait été accomplie, et les troupes rembarquèrent sur les bâtiments. L’amiral de Roebek signa d’abondantes félicitations pour récompenser les héros de cette mission. L’enseigne de vaisseau Kornilov, de l’Askold, reçut en même temps les trois plus hautes décorations alliées : la légion d’honneur française, la Victoria Cross anglaise et la croix de Saint Georges russe.

Le jour suivant, l’Askold pénétra de nouveau dans le détroit. Le croiseur n’avait jamais eu l’occasion de tirer autant de coups de canons, même dix ans auparavant lors de la défense de Port Arthur ( n.d.t. à la bataille de Tsushima ). Toutes les quelques salves, les batteries mobiles turques changeaient systématiquement de position et disparaissaient dans le paysage vallonné. Pour les retrouver, il fallait provoquer leur tir avant de pouvoir les viser à nouveau. C’était comme un jeu à mort, mais l’expérience du combat de l’équipage de l’Askold, ainsi que la chance phénoménale qui accompagnait le croiseur depuis son lancement, le protégèrent de graves avaries : seul un obus de 155 explosa une fois à proximité, et ses éclats brûlants laissèrent quelques éraflures, heureusement sans dommage corporel. Ayant dépensé les deux tiers de ses munitions et ayant presque épuisé son charbon, l’Askold reçut l’ordre d’aller se ravitailler en combustible et munitions sur l’île de Lemnos. Tout
d’abord, l’amiral Guépratte avait prévu d’accorder à l’équipage une brève période de repos avant de l’employer à nouveau contre les batteries d’Orkanie et de Kumkale, mais il apprit que les Turcs avaient reçu des renforts. De plus, il avait obtenu des renseignements sur le peu de dégâts causés aux forts turcs.

Il en tira la conclusion que les obus des canons de marine, et en particulier ceux de faible calibre du croiseur, n’étaient pas efficaces contre les forts et il décida de ne plus tenter le diable en envoyant l’Askold sous le feu des batteries côtières. Le croiseur russe fut détaché en Méditerranée pour chasser les navires à vapeur de contrebande et ne revint jamais dans les eaux des Dardanelles. En 1916, après quelques réparations dans le port français de Toulon, il reçut l’ordre de rallier la flottille arctique de la flotte russe.


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