La Marine Impériale russe et la guerre civile
Article mis en ligne le 20 août 2008
dernière modification le 27 janvier 2020

par pascalderomanovsky

La Révolution Bolchevique a souvent été symboliquement représentée par un matelot rouge, victorieux pour les uns, sanguinaire pour les autres.

Malheureusement, force est de constater que la Révolution d’Octobre s’est faite avec les équipages de la Baltique qui furent à la pointe de tous les combats de rues, notamment face aux quelques défenseurs du Gouvernement provisoire : policiers, gendarmes, junkers (élèves officiers) sans oublier le célèbre bataillon féminin commandé par Marie BOTCHKAREVA. Ce rôle des marins fut immortalisé par l’action du Croiseur AURORA qui tira quelques obus sur le Palais d’Hiver le 25 octobre 1917.

Si cette forte présence de marins dans les rangs bolcheviques est une réalité, il est nécessaire de l’expliquer pour la comprendre sans toutefois la justifier.

D’ailleurs, ces marins qui furent ainsi les artisans de la victoire des Soviets en 1920, furent en grande partie massacrés par les troupes du Général Michel TOUKHATCHEVSKY, lors de la révolte de CRONSTADT le 18 mars 1921. Le leader des insurgés PETRITCHENKO s’enfuit alors en Finlande avec 670 survivants. La répression fut féroce, 99 marins du Cuirassé PETROPAVLOSK et 56 du Cuirassé SEBASTOPOL seront fusillés entre le 20 et le 24 mars. Au total, 2103 insurgés pour la plupart des marins seront massacrés. Ils avaient sans doute compris, mais trop tard, les véritables desseins des leaders communistes qui ne correspondaient plus aux idéaux des premiers révolutionnaires dont ils faisaient partie.

Cette vision de la Révolution et de la Guerre Civile où les Marins rouges sont omniprésents ne doit pas faire oublier que la Marine Impériale a aussi largement participé à la guerre civile du côté Blanc, sur tous les fronts, en Mer et sur terre lorsque les navires faisaient défaut.

Si il y a un sujet qui fut longtemps tabou pour les émigrés, c’est bien celui du nombre d’Officiers de l’Armée Impériale qui passèrent aux Rouges, volontairement ou pas, pour encadrer les troupes Bolcheviques (22 315 Officiers en 1918 d’après certains historiens). Ce mouvement de rapprochement avec les rouges fut amplifié par Léon TROSTKY après les premières défaites des troupes Bolcheviques en 1918 qui manquaient d’encadrement.

Dans la Marine ce phénomène fut beaucoup plus réduit, pour plusieurs raisons : la principale est atroce dans sa réalité puisqu’elle concerne le massacre systématique des Officiers de Marine dans les ports d’HELSINGFORS de CRONSTADT, de VYBORG et de SEBASTOPOL. Ainsi plusieurs milliers d’Officiers périrent après avoir été torturés, lynchés ou simplement fusillés dans le meilleur des cas.

A SEBASTOPOL des hordes d’ouvriers des arsenaux et des marins se livrèrent dans la ville à une chasse aux Officiers visitant chaque maison ou appartement.
Ma grand mère reçut ainsi la visite d’un groupe de bolcheviques qui venait arrêter son mari qui fort heureusement était en mer ce jour là. Les Officiers capturés furent noyés dans les bassins du port.
On pourrait multiplier les exemples de tueries systématiques, il faut noter notamment l’assassinat des Amiraux WIREN, NEPENINE, NEBOLSINE, BOUTAKOFF, REIN, KUROSH.

Ces exactions se déroulèrent également dans l’Armée Impériale où le scandaleux PRIKASE N° 1 institué par le Président du Gouvernement Provisoire Alexandre KERENSKY qui abolissait toute véritable hiérarchie, avait introduit une véritable gangrène dans les régiments. Mais la Marine Impériale fut plus systématiquement décapité.

La deuxième raison est plus lointaine puisqu’elle remonte à la fin de la Guerre Russo-japonaise où la tragédie navale de TSOUSHIMA le 14 mai 1905 marqua la fin de l’idée de supériorité de la Russie face au JAPON qu’elle considérait à l’époque comme une nation inférieure. Cette défaite provoqua chez les marins une incompréhension qui se transforma vite en discrédit vis à vis de l’autorité en général.

Enfin, les marins issus pour la plupart des villes portuaires, des arsenaux et de la Marine Marchande avaient par rapport à d’autres couches de la population russe un niveau d’éducation supérieur qui les rendit plus perméables aux idées socialistes et révolutionnaires. Ainsi la Marine Impériale connut avec la mutinerie de plusieurs unités dont le fameux cuirassé POTEMKINE en 1905, des remous particulièrement graves. Ces mouvements se faisaient l’écho des premières révoltes ouvrières à St. PETERSBOURG. La réaction de l’Etat Major de la Marine fut particulièrement sévère puisque le seul Officier révolté, le lieutenant de vaisseau SCHMIDT, leader des mutins, fut condamné à mort et qu’un grand nombre de marins furent exécutés après être passés en cour martiale.
Des unités débarquées furent également envoyées sur les côtes Baltes, pour écraser les mouvements indépendantistes et révolutionnaires qui profitaient des troubles pour se révolter contre l’autorité de St. PETERSBOURG. Cette brutalité explique sûrement le ralliement massif aux troupes bolcheviques des lettons quatorze ans plus tard.

Le 29 janvier 1918, le Soviet annonça la démobilisation de la Marine, les derniers responsables, les Amiraux BAKHIREFF et ROSVOZOFF qui avaient cherché à maintenir un semblant d’ordre furent brutalement limogés. A HELSINGFORS pour échapper aux troupes Allemandes, le Capitaine de Vaisseau A.M. STCHASNY réussit à faire appareiller la flotte russe pour le port de CRONSTADT. Pour le remercier les autorités Bolcheviques l’exécutèrent après un simulacre de procès au cours duquel Léon TROTZKY viendra personnellement exiger la peine de mort. Les Bolcheviques n’avaient alors rien à refuser aux Allemands.

 RENDEZ-VOUS SUR LE DON FÉVRIER 1918

Sans bateaux ni commandement, les Officiers de Marine qui refusaient l’autorité Bolchevique issue du coup d’état, cherchèrent dans l’anonymat leur salut. Cette période trouble et incertaine vit néanmoins l’émergence d’un grand nombre d’associations, certaines animées par les Mencheviks, destinées à regrouper les bonnes volontés pour venir en aide aux familles des Officiers. Ces groupes d’Officiers redevenus civils rejoignirent, après des périples mémorables, les territoires du Don où les Généraux KORNILOV, DENIKINE, ALEXIEV évadés de la prison de BYKHOV avec l’aide de régiments fidèles, constituaient les premiers détachements de la future Armée Blanche.Retour ligne automatique
Il faut imaginer ces Officiers déguisés en étudiants pour les plus jeunes, en marchands ou en paysans pour les autres, traverser la Russie du Nord au Sud dans des trains bondés de réfugiés et de déserteurs bolcheviques qui regagnaient leurs villages. Combien de jeunes élèves officiers furent alors reconnus souvent par leurs mains blanches ou leurs bonnes manières qui les trahissaient pour terminer tragiquement fusillés contre les murs des petites gares de la Russie profonde. Mon oncle, Sous Lieutenant dans un régiment de cavalerie et qui lui aussi se rendait à KHERSON en partant de KIEV ne dut son salut qu’à ses pistolets qui lui permirent d’échapper à une foule hostile.

Cette Armée Blanche était constituée majoritairement d’Officiers, les Généraux BOGAIEVSKY, ROMANOVSKY, KAZANOVITCH devinrent Commandants, les régiments furent composés d’Officiers ou de jeunes Lycéens comme celui du Général MARKOV. Les Officiers de Marine furent alors dispersés dans ces régiments d’infanterie où toutes les bonnes volontés étaient les bienvenues. Il suffisait alors de savoir tenir un fusil lorsqu’il y en avait un de disponible. L’armée était habillée d’effets militaires ou civils avec quelques casquettes noires de la Marine qui apparaissent sur les très rares photos existantes. Mais le courage et la détermination étaient, eux, partout présents.

L’âme de cette armée en guenilles était le Général Lavr Georgevitch KORNILOV dont la réputation acquise pendant la guerre Russo-japonaise n’était plus à faire. Il avait toutes les qualités pour galvaniser les troupes ; petit, sec et nerveux, c’était un stratège doublé d’un entraîneur d’hommes. Ses convictions socialistes qui l’avaient rapproché du Gouvernement provisoire dans un premier temps lui permirent de regrouper toutes les tendances politiques opposées au Bolchevisme. Il y avait en effet peu de monarchistes parmi les premiers chefs de l’Armée Blanche, mais des valeurs communes de patriotisme chevillé au corps, le respect de la parole donnée aux alliés et l’aspiration à une Russie démocratique et indivisible.Retour ligne automatique
La suite des évènements de la guerre civile allait démontrer que ces principes devaient en partie provoquer la défaite des Armées Blanches.

Mais à l’heure où les premiers détachements de volontaires devaient abandonner ROSTOV et NOVOTCHERKAS, pressés par les forces Bolcheviques profitant de la neutralité des Cosaques du Don malgré le suicide de l’Ataman KALEDINE, la Marine Russe ne finissait pas d’agoniser dans tous les ports de l’Empire.

En ce début de l’année 1918, la flotte de la BALTIQUE n’existait plus en tant que force opérationnelle, les équipages, notamment ceux de la réserve, avaient rejoint les troupes Bolcheviques. Les Officiers survivants se cachaient où ils pouvaient attendant la suite des évènements. Seuls les Officiers de MOURMANSK où se trouvaient le Cuirassé TCHESMA et le Croiseur ASKOLD purent à partir du 23 juin, après le débarquement de troupes alliées commandées par le Général MAYNARD et le Vice Amiral KEMP, combattre les Bolcheviques, notamment sur le fleuve DVINA.

Le 31 juillet le Général POOL s’empara d’ARKHANGELSK après qu’un soulèvement organisé par des Officiers Russes chassa les rouges. Un gouvernement socialiste dirigé par Nicolas TCHAÏKOVSKY favorable aux alliés fut établi pour unifier les différentes factions anti-Bolcheviques. Le Général britannique IRONSIDE succéda à POOL pour unifier les commandements de MOURMANSK et d’ARKHANGELSK.

C’est le Général russe MILLER qui l’année d’après avec l’aide du Général Lord RAWLINSON, lança le long de la DVINA une attaque qui après quelques succès dut s’arrêter en 1919. Les positions des troupes blanches furent néanmoins maintenues jusqu’en février 1920.

En Mer Noire la situation se détériora très vite après la disparition de l’Amiral NEMITZ partit pour PETROGRAD avec son Chef d’Etat Major le capitaine de frégate MAKSIMOV. Ce fut alors le Vice Amiral Michel PAVLOVITCH SABLINE qui prit le commandement de la flotte (en 1918, elle représentait encore environ 40 000 hommes). Mais les soviets avaient nommé le capitaine de frégate BOGDANOV comme Chef d’Etat Major de la flotte révolutionnaire avec pour mission de faire juger les Officiers de Marine par un tribunal révolutionnaire. Dans la nuit du 23 au 24 février 1918 des massacres d’Officiers furent alors perpétrés dans toute la ville de SEBASTOPOL.

A partir du début Avril, les troupes indépendantistes Ukrainiennes sous l’autorité de l’hetman SKOROPADSKY envahirent la Crimée au grand soulagement d’une partie de la population qui voyait ainsi un semblant d’ordre revenir.

Le 29 Avril 1918, le Vice Amiral Michel Pavlovitch SABLINE décida à contre cœur de placer la flotte sous pavillon Ukrainien pour la sauver. Plusieurs Officiers supérieurs comme le Vice Amiral POKROVSKY ou le futur commandant en Chef de la Marine Ukrainienne l’Amiral OSTROGRADSKY avaient eux choisi par opposition au Bolchevisme ou par conviction, la nationalité Ukrainienne.

Mais ce ne fut pas le cas d’une grande partie des Officiers de la Marine qui préférèrent quitter avec leurs navires SEBASTOPOL pour rejoindre le port de NOVOROSSISK le 14 mai 1918, dans des conditions difficiles souvent sous le feu de l’artillerie Allemande qui était arrivée avec les Ukrainiens. Au cours de ce départ précipité le torpilleur GNEVNY devait s’échouer.

La situation à NOVOROSSISK était aussi particulièrement confuse puisque les bolcheviques tenaient la ville et qu’ils ne savaient pas s’ils devaient considérer l’arrivée de la flotte comme une chance ou une menace. Sur les navires la révolte grondait avec des équipages gagnés aux thèses révolutionnaires alors que d’autres souhaitaient ouvertement prendre parti en faveur des contre-révolutionnaires.Retour ligne automatique
Les autorités Bolcheviques ne souhaitant pas mécontenter les Allemands décidèrent de neutraliser cette flotte qui représentait encore une véritable force de frappe. Sur place des incidents quotidiens, souvent dramatiques, dans lesquels les Bolcheviques s’affrontaient avec les mouvements de résistance contre-révolutionnaires, incitèrent le Vice Amiral Michel Pavlovitch SABLINE à reprendre le chemin de la CRIMEE. Devant cette décision, les Bolcheviques exigèrent le sabordage immédiat de la flotte.

Le 16 juin, les bâtiments sous le commandement du capitaine de vaisseau TIKHMENIEFF levèrent l’ancre dans la plus grande confusion. Certains équipages préférèrent quitter leurs navires, d’autres essayèrent d’en prendre le contrôle. Des réfugiés fuyant les bolcheviques envahirent les quais pour trouver de la place sur les navires décidés à rejoindre la Crimée. Néanmoins le cuirassé VOELIA ex EMPEREUR ALEXANDRE III avec les torpilleurs PYLKY, POSPECHNY, DERSKY, BEZPOKOÏNY, JARKY remorqué par le KIVOY mais aussi le croiseur TRAJAN et le ravitailleur KRESTA et d’autres petits bâtiments civils quittèrent NOVOROSSISK pour arriver à SEBASTOPOL le 19 juin. Ils laissaient derrière eux le cuirassé SVOBODNAYA ROSSIA et les torpilleurs GROMKY et KERTCH qui se sabordèrent.

Le 13 Novembre quelques jours après l’armistice du 11 Novembre 1918, une flotte franco-anglaise composée notamment de cinq cuirassés français, franchit les Dardanelles afin de défendre les intérêts des Alliés et chasser les troupes Allemandes occupant la Crimée. La paix de BREST-LITOVSK qui avait été signée le 24 février 1918 avait permis aux Allemands d’envahir en effet l’ensemble de l’Ukraine.Retour ligne automatique
En décembre, l’escadre Française sous le commandement du Vice Amiral DEJAY avec les cuirassés MIRABEAU et JUSTICE se présenta devant ODESSA. Le 17, le Général BORIUS débarqua des troupes et installa, après avoir chassé les derniers contingents ukrainiens et allemands, le Général russe GRICHINE ALMAZOV comme Gouverneur de la Ville. Mais si l’occupation d’ODESSA se passa sans trop de difficultés il n’en alla pas de même dans différentes autres villes de la région d’où l’armée Allemande se retira en plein désordre. On estime qu’environ 1 200 soldats Allemands gagnés par les idées révolutionnaires rejoignirent à cette occasion les troupes Bolcheviques.

 1919, LE TOURNANT DÉCISIF

Les opérations menées sur le terrain par les contingents Alliés, dont des Coloniaux comme le 6 RIC et des tonkinois, sous l’autorité du Général BERTHELOT, vont vite tourner à la débâcle. Le manque de motivation des troupes qui ne comprennent pas pourquoi après la fin officielle des hostilités, elles sont obligées d’engager le combat contre des armées dont les aspirations indépendantistes et socialistes recueillent leur adhésion. Néanmoins, à partir de janvier 1919 et après des combats parfois difficiles, les Alliés vont occuper les villes de TIRASPOL, KHERSON et NICOLAEVSK. Lors de ces opérations, la Marine Impériale Russe va multiplier les actions souvent avec beaucoup d’héroïsme malgré ses faibles moyens.

Pour la prise de KHERSON, des unités de la Marine Française dont les avisos : ALGOL, ALTAÏR, ALDEBARAN et le torpilleur MAMELUCK, vont remonter le DNIEPR pour débarquer des troupes. En Mer d’AZOV également, le sous-marin russe TULEN aidé par le torpilleur Français DEHORTER, bombarde les Rouges. A MARIOUPOL, les équipages des avisos Français SCARPE, HUSSARD, PHENIX, ENSEIGNE HENRY et du cuirassé JEAN BART bloquent les Rouges avant de rembarquer les troupes le 30 Mars. Mais la pression est trop forte et les troupes Bolcheviques vont finalement contraindre les Alliés à évacuer le terrain conquis.

Entre le 3 et le 5 avril, les troupes françaises sont obligées d’évacuer ODESSA. Le 16 Avril 1919, les Rouges se pressent autour de SEBASTOPOL où ils seront brutalement stoppés par les tirs de la flotte Française. Les cuirassés JEAN BART, LA FRANCE, VERGNIAUD, JUSTICE et le croiseur DU CHAYLA bombardent les concentrations de troupes.
La flotte Russe commandée par le Vice amiral Michel Pavlovitch SABLINE appareille pour rejoindre une fois de plus NOVOROSSISK. Entre le 18 et le 24 avril, le Colonel TROUSSON évacue les dernières troupes Françaises sous la protection de la flotte Alliée qui croise au large.

C’est aussi l’heure des premières mutineries qui vont coûter la vie à deux Officiers Français notamment au 4ème chasseur d’Afrique. Dès le 19 Avril 1919, les mutineries vont toucher plusieurs bâtiments dont LA FRANCE, le JEAN BART, le VERGNIAUD et le WALDECK-ROUSSEAU, mais c’est toute la flotte qui est gangrenée par un esprit de désobéissance, alimenté par des journaux édités en Russie par des Français comme Jacques SADOUL passés au service des Bolcheviques. Certains leaders des mutins comme André MARTY et Charles TILLON, firent après ces événements des carrières politiques en France au sein du Parti Communiste.
Aujourd’hui, il semble bien que ces mutineries n’avaient rien de spontané mais bien au contraire avaient été préparées par différents mouvements politiques et syndicaux. Une centaine de mutins furent condamnés dont plusieurs à des peines de détention. En juillet 1922, une amnistie générale libéra l’ensemble des mutins de la Mer Noire sauf André MARTY qui le sera en 1924.

En mai et juin, l’Armée Blanche repris son offensive profitant des différents qui éclataient entre les chefs des armées Rouges, et de l’attaque des forces Polonaises en Ukraine et en Biélorussie ; la ville de MINSK sera prise par les Polonais le 9 Août 1919. Les troupes Blanches aidées par des navires Russes comme le Croiseur Général KORNILOV (ex KAGOUL) vont reprendre NICOLAIEVSK, KHERSON puis ODESSA le 23 Août.
L’offensive se poursuit victorieusement et le 6 Octobre VORONEJ tombe, puis c’est au tour de TCHERNIGOV et d’OREL. L’automne 1919 sera le point culminant de la reconquête des troupes Blanches qui malheureusement ne pourront pas se maintenir sur un territoire aussi vaste. Plusieurs raisons expliqueront les revers que les Blancs vont subir à la fin de l’année 1919.

Il y a sans nul doute une erreur de stratégie de la part du Commandant en Chef des Armées Blanches, le Général DENIKINE et de son état major qui ont poursuivi plusieurs objectifs en même temps dispersant leurs armées au lieu de porter l’effort principal vers MOSCOU, afin de déstabiliser le régime Bolchevique. Cette erreur du commandement s’explique notamment par le souhait d’autonomie des responsables des armées Blanches qui tous cherchaient dans des victoires locales des lauriers personnels.
Il ne faut pas non plus sous-estimer la lassitude des populations en guerre depuis Août 1914 qui voyaient les hommes mobilisés par les Rouges puis par les Blancs ou par des bandes anarchistes dirigées par de simples bandits. Les problèmes de ravitaillement qui devenaient de plus en plus aigus lors de l’avance des troupes malgré les efforts des Alliés, devaient également expliquer l’essoufflement de l’offensive.

Sur les autres fronts, la situation n’était pas plus brillante. En Sibérie, après les succès initiaux des troupes Blanches, de la Légion Tchécoslovaque et d’unités polonaises et serbes dans l’Oural, les Rouges vont repousser les volontaires à partir du mois de juin et reprendre OUFA puis PERM. C’est la retraite, après la perte d’OMSK en Novembre puis de TOMSK.

Le 27 Décembre 1919, une insurrection renverse l’Amiral Alexandre Vassilievitch KOLTCHAK, sans que la Légion Tchèque n’intervienne.

A l’ouest, la dernière offensive des troupes Blanches va réellement inquiéter le pouvoir des Soviets. Le Général YOUDENITCH et son Chef d’Etat Major le Contre amiral Vladimir Konstantinovitch PILKIN vont fédérer les troupes du Général Prince LIEVEN qui se trouvent en LETTONIE et celles du Général BOULAK-BALAKHOVITCH situées autour de PSKOV. Mais dès que l’ESTONIE fut entièrement libérée, les dissensions entre les forces Russes du Général RODZIANKO et l’armée Estonienne soutenue par les Britanniques, eux-mêmes inquiets de la présence en LETTONIE des corps francs allemands et du Corps russe du Général BERMONDT AVALOV, vont surgir.

En juin 1919, le Cuirassé SEBASTOPOL aux mains des Rouges va bombarder le fort de KRASNAÏA GORKA à quelques kilomètres de CRONSTADT. En août, pour soutenir les troupes Blanches, la Marine Britannique va néanmoins détruire une partie de la flotte Rouge à CRONSTADT. Le Général YOUDENITCH et son chef d’état major l’Amiral PILKINE profitent de ce sursaut des Alliés pour passer à l’offensive début Octobre. Le succès fut immédiat puisque le 17, GATCHINA était prise. Les Officiers Blancs purent apercevoir la flèche de la Cathédrale de Saint Isaac à PETROGRAD dans leurs jumelles depuis les hauteurs de POULKOVO.

Une fois de plus Léon TROSTKY jeta dans la bataille les forces vives de la révolution en mobilisant en quelques heures 2 000 marins et tous les élèves des écoles militaires. Le 28 Octobre TSARSKOIE SELO est reprise par les Rouges et le 15 Novembre c’est au tour de la ville de YAMBOURG. L’Armée Blanche démoralisée fut alors internée par le Gouvernement ESTONIEN malgré la présence du Général Français NIESSEL qui était partisan de la restructurer pour qu’elle puisse reprendre le combat.

En LETTONIE voisine, l’escadre Britannique favorable à l’indépendance des républiques Baltes intervint alors contre les corps francs allemands.

 1920 L’AGONIE

L’année 1920 verra la fin de tous les espoirs pour les citoyens Russes épris de liberté et de démocratie. L’armée rouge bien structurée sous l’autorité de Léon TROSTKY va passer à l’offensive sur tous les fronts et exercer une forte pression sur les derniers territoires tenus par les Blancs.

Le 13 Janvier 1920, le héros de la Marine Impériale Russe l’Amiral Alexandre Vassilievitch KOLTCHAK est trahi par la Légion Tchèque, livré aux Bolcheviques et abandonné par le Général JANIN représentants de la France en Sibérie. Malgré les efforts désespérés du fougueux Général KAPPEL, l’Amiral est exécuté le 7 Février 1920 après un simulacre de procès.

Le 31 Janvier les forces Tchécoslovaques désireuses de rentrer chez elles, vont renverser le Général ROZANOV avec l’aide des Américains favorables à un régime socialiste. Mais après le départ des forces Alliés, les Japonais vont confier le pouvoir au Général BOLDYREV qui va instituer avec les dernières armées Blanches une République d’Extrême Orient. Une école Navale Russe fonctionnera à VLADIVOSTOK jusqu’à la fin de l’année 1920.

A SEBASTOPOL un complot monarchiste ébranle le corps des Officiers de Marine alors que les nouvelles des différents fronts sont de plus en plus mauvaises. Le 3 Janvier TSARITSYNE tombe, le 2 Février c’est au tour de KHERSON et de NICOLAEVSK et le 7 d’ODESSA.

Le 26 Mars, le Général DENIKINE confronté à ces déroutes, se retire et nomme le baron WRANGEL Commandant en Chef des forces armées du Sud de la Russie. Au même moment l’escadre Russe est obligée d’évacuer NOVOROSSISK dans des conditions difficiles. La flotte Russe composée de ses derniers navires opérationnels notamment les torpilleurs BESPOKOYNY commandé par mon grand père mais aussi PYLKY, JARKY, CAPITAINE SAKEN, soutenus par le croiseur Britannique EMPEROR OF INDIA et les croiseurs Français JULES MICHELET et WALDECK ROUSSEAU, vont sauver des dizaines de milliers de civils et de militaires fuyant les rouges.
Des scènes bouleversantes vont marquer à vie les derniers défenseurs Blancs. En Crimée les réfugiés vont s’organiser sous la nouvelle autorité du Général WRANGEL et de son gouvernement civil. En août 1920, plusieurs opérations vont être menées par les croiseurs russes : Général ALEXIEVSKY et Général KORNILOV ex KAGOUL contre OTCHAKOV et devant ODESSA pour harceler les troupes Bolcheviques. Les sous marins OUTKA et TULEN vont eux se livrer à des débarquements d’éclaireurs sur les arrières de l’ennemi. Le Colonel NAZAROV débarque sur la Côte Nord de la Mer d’AZOV.
Les combats sont féroces car chacun sait que le dénouement est proche. Le Général WRANGEL avait d’ailleurs prévu depuis plusieurs mois l’évacuation de la Crimée et du Port de SEBASTOPOL. Ainsi les 15 et 16 Novembre 1920, la flotte Russe organisa sous le commandement du Vice Amiral Michel Alexandrovitch KEDROV le départ d’environ 135 000 personnes civiles et militaires vers CONSTANTINOPLE. Cette opération fut exécutée dans l’ordre, sans panique excessive, mais avec une très grande tristesse, car beaucoup pressentaient qu’il s’agissait du départ final sans espoir de retour.

Le cuirassé WALDECK ROUSSEAU, sous les ordres de l’Amiral DUMESNIL, protégeait cette évacuation, prêt à bombarder les troupes Bolcheviques qui se précipitaient vers la Ville.

Après s’être assuré de l’évacuation complète des troupes, le Général WRANGEL et sa famille embarqua sur le Croiseur KORNILOV pour mettre le cap sur la TURQUIE. L’Armada comptait environ 120 navires civils et militaires, en plus ou moins bon état et beaucoup s’inquiétaient à bord de l’état de la Mer en plein mois de Novembre.
Ainsi, mon grand père et sa famille s‘embarquèrent sur le vieux Cuirassé le GEORGES LE VICTORIEUX, dont les machines avaient été remises en état au dernier moment pour éviter d’être pris en charge par un remorqueur. Ce navire dût malheureusement essuyer par la suite une terrible tempête au large de MESSINE, alors qu’il naviguait vers le port de BIZERTE. Cette tempête aurait pu provoquer le naufrage du navire compte tenu de l’incompétence du commandant. La flotte pénétra dans le Bosphore le 16 Novembre pour mouiller devant la ville de CONSTANTINOPLE, sans autorisation pour les réfugiés de descendre à terre avant qu’un état sanitaire soit effectué. Certains navires purent se rendre à GALLIPOLI, pour débarquer des troupes dans un camp qui devait devenir le grand rassemblement de l’Armée Russe en exil.

D’autres camps moins importants avaient aussi été plus ou moins organisés pour recevoir les troupes.

 1921 LES DERNIERS SOUBRESAUTS

Après 1920, l’armée Rouge pût se considérer comme victorieuse sur tous les fronts, puisque les dernières armées Blanches, avaient dues se réfugier à l’étranger où elles furent plus ou moins bien accueillies.

Malgré tout, des poches de résistance ont persisté dans les zones isolées du Caucase ou de l’Ukraine, où indépendantistes et contre révolutionnaires livreront des combats de maquisards, harcelant les troupes Bolcheviques et notamment les détachements de la Tcheka, chargés d’éradiquer les derniers opposants.

Ces escarmouches souvent violentes perdureront, puisque vingt deux ans plus tard les Allemands pénétrant dans le Kouban découvriront avec surprise des Cosaques en armes prêts à reprendre le combat contre les Soviets.

Mais c’est surtout en Sibérie que les combats vont se poursuivre après 1920, aussi bien dans les districts tenus par les Rouges où de violentes insurrections éclateront comme à TOBOLSK en mars et avril 1921, que dans les zones encore aux mains des troupes Blanches soutenues par les Japonais.
A TCHITA un gouvernement autonome dirigé par MERKOULOV et les dernières troupes de l’Ataman SEMENOV se maintiendront jusqu’en mai 1922.
En septembre 1921 le célèbre Baron UNGERN VON STERNBERG, après avoir conquis la MONGOLIE face aux Chinois, livrera son dernier combat contre les Rouges et finira devant un peloton d’exécution.
A VLADIVOSTOCK, le Général BOLDIREV cherchera, avec l’aide des troupes japonaises, à sauvegarder une république autonome d’Extrême-Orient. Les dernières troupes tchèques estimées à 70 000 hommes embarqueront pour leur pays à partir de juillet 1920... Ce n’est qu’en août 1922 que les contingents japonais quittèrent la Sibérie, le 25 octobre les troupes rouges pourront envahir les derniers territoires sibériens, Vladivostok tombera définitivement.
Les bâtiments de la Marine Russe vont alors quitter le territoire russe pour se réfugier en Chine. Un nouvel exode commencera pour les Blancs.

Les détachements de la Tcheka pourront alors se livrer à leur sport favori, débusquer les bourgeois ou autres Koulaks sur l’ensemble du territoire russe, se livrant en toute impunité et dans un secret jamais dévoilé à des massacres systématiques. Il faut éradiquer la contre-révolution et ses ferments. Ils ne réussiront jamais tout à fait, puisque après la chute du communisme des visiteurs étrangers auront la surprise de trouver encore dans de misérables isbas sibériennes de minuscules portraits du tsar Nicolas II à côté des icônes. Le combat des contre-révolutionnaires n’aura pas été vain puisque le peuple russe redécouvre aujourd’hui son histoire et la glorieuse épopée des troupes Blanches.

Pascal de ROMANOVSKY
2006